Dans sa dernière note de conjoncture, présentée jeudi 18 décembre, et intitulée « Les freins se desserrent un peu », l’Insee, se laissant aller à un certain  optimiste, prévoit une embellie au premier semestre 2015 dans les pays avancés.

Le début d’une vraie reprise ?

La zone euro retrouverait « un peu d’élan » et l’économie française sortirait de trois années de quasi-stagnation. Le produit intérieur brut (PIB) progresserait de 0,3 % à chacun des deux premiers trimestres. A la mi-2015, en glissement annuel (juin 2015 par rapport à juin 2014), il augmenterait de 1 % : une croissance certes modeste, mais bien meilleure que celle enregistrée depuis la mi -2011. Et si tout ne sera pas parfait (le taux de chômage augmenterait encore pour atteindre 10,6 % de la population active et l’emploi continuerait de diminuer dans le secteur marchand), il existe au moins cinq raisons de croire à l’embellie qu’entrevoient les conjoncturistes de l’Insee.

1/ Le climat des affaires s’améliore

Après avoir joué au yo-yo pendant un an et s’être dégradé à l’été 2014, le climat des affaires s’est amélioré en novembre. L’indicateur qui permet de le mesurer a progressé de 3 points (à 94 points), effaçant sa baisse estivale. L’amélioration est sensible dans l’industrie manufacturière (99).

En décembre, l’indicateur du climat des affaires est resté inchangé à 94 points, a indiqué l’Insee, vendredi 19 décembre.

L’Insee fait observer que les industriels sont bien plus optimistes quant à leurs perspectives de production — le solde s’est franchement redressé —, ce qui suggère une accélération au premier trimestre 2015.

2/ Les échanges mondiaux sont dynamiques

Le commerce mondial avait ralenti ces dernières années. Il a fortement accéléré au troisième trimestre 2014 (+ 2 % après + 0,7 % au premier trimestre) sur fond de reprise aux Etats-Unis et au Royaume-unis et dans plusieurs autres pays avancés. Au premier semestre 2015, les échanges progresseraient de 1 % par trimestre, se rapprochant de leur tendance trimestrielle d’avant-crise (+ 1,3 %). La demande adressée à la France augmenterait d’autant et les exportations françaises, soutenues par la dépréciation de l’euro, croîtraient de 1,1 % au premier trimestre 2015 et de 1 % au deuxième.

3/ Les effets favorables de la baisse de l’euro et du prix du pétrole sur l’activité

Pour un pays importateur de pétrole comme la France, la baisse prononcée du prix de l’or noir entraîne à court terme une diminution des prix à la consommation mais aussi des prix de production, et elle accroît les marges des entreprises. Des effets extérieurs s’ajoutent à ces mécanismes : les importations des pays producteurs de pétrole en provenance de la France ralentissent mais celles des pays importateurs augmentent. C’est ce dernier effet qui dopera les exportations françaises. La dépréciation de l’euro joue dans le même sens. Au total, selon l’Insee, qui fait l’hypothèse d’un baril à 70 dollars et de 1,23 dollar pour un euro, les baisses de l’euro et du prix du pétrole depuis l’été rehausseraient la croissance française de 0,4 point d’ici au deuxième trimestre 2015.

4/ Le pouvoir d’achat et la consommation des ménages augmentent

Après avoir stagné en 2013, le pouvoir d’achat des ménages se redresserait franchement pendant l’année 2014 (+ 1,2 %), du fait de l’accélération des revenus d’activité, d’une moindre pression fiscale (+ 2 % après + 4,2 %) et, bien sûr, de la faible inflation. Après un ralentissement à + 0,3 % en glissement semestriel au second semestre 2014, lié au calendrier des impôts, le pouvoir d’achat accélérerait de nouveau à 1 % au premier semestre 2015. La consommation des ménages, moteur traditionnel de la croissance française, progresserait d’ici à juin, mais un peu moins que le pouvoir d’achat , et le taux d’épargne remonterait à 16 %.

5/ Le taux de marge des entreprises se redresserait nettement

Dernier point positif et non des moindres, le taux de marge des entreprises, qui avait atteint en 2013 son plus bas historique depuis 1985, se redresserait de manière spectaculaire d’ici à juin 2015, grâce à la montée en charge du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) , à l’instauration du pacte de responsabilité et de solidarité (PRS), mais aussi, souligne l’Insee, parce que les salaires ralentiraient. Au passage, l’Insee évalue à quatre-vingt mille le nombre d’emplois créés grâce au CICE et au PRS en 2015. La montée en charge de ces dispositifs redonnerait de l’air aux entreprises. Un effet vertueux de plus, qui pourrait les inciter peu à peu à investir davantage. On n’avait pas connu depuis belle lurette pareille conjonction de bonnes nouvelles.